Aujourd'hui, le Tribunal de Commerce de Nanterre a décidé de mettre en Redressement Judiciaire l'usine de Technicolor à Angers. J'avais espéré que le Président du Tribunal de Commerce de Nanterre serait clairvoyant par rapport à la mise en scène par Technicolor de la faillite de son usine à Angers. C'est un coup dur. "Une bataille est perdue, mais pas la guerre!" Ce combat pour la survie des 340 emplois de mes collègues.
Au fil des réunions, des rencontres, des échanges, des cafés, j'entends parfois ici ou là : "Pourquoi te bats-tu avec autant d'énergie pour les salariés d'Angers? Ils ont leurs représentants du personnel et leurs syndicalistes, non? Et après tout, tu n'es pas ouvrier!"
Oui, je ne suis pas un ouvrier ! Je suis un cadre supérieur.
Oui, je pourrais, très confortablement installé au siège de Technicolor, ne gérer que ma carrière professionnelle, continuer mon ascension dans l'entreprise, et espérer un jour être l'un de ces fameux "senior leaders"...
Mais non ! Je suis de ceux qui ne peuvent laisser leurs convictions et leurs valeurs à la porte de l'entreprise, au prétexte que lorsque l'on a signé son contrat de travail, l'on rentre dans un cadre privé, dans un monde régi par d'autres règles, soumis à un autre type d'autorité (non démocratique), dont le but ne serait que le profit, et pas forcément l'accomplissement de soi-même.
A un moment pourtant, j'avais cru que je pouvais "mettre mon poing dans ma poche", "passer le flambeau" à mes camarades" pour me consacrer à nouveau pleinement à mes fonctions professionnelles, et me remettre sur les rails d'une ascension socio-professionnelle plus difficile mais possible. J'avais cru que les décisions injustes pourraient alors me laisser indifférent, que le mal-être de certains de mes collègues me passeraient au dessus de la tête.
Un Responsable des Ressources Humaines m'avait confié à l'époque qu'il ne croyait pas à ma "retraite anticipée", persuadé du proverbe "chassez le naturel, il revient au galop". Il avait raison...
Face à la restructuration de la Division des box et décodeurs dont je suis issu (avant de rejoindre le département Marketing du Groupe), face aux plans sociaux déclenchés à Rennes et à Issy-les-Moulineaux, face aux différents projets de cessions, et finalement face au souhait de Technicolor d'abandonner sa dernière usine en France, c'est "naturellement" que je me suis engagé à nouveau pour défendre les salariés, leurs intérêts, leurs emplois, leur employabilité.
Alors oui ! Je suis cadre, bref "un ouvrier du 21ème siècle", un travailleur. C'est la raison pour laquelle je défends aujourd'hui, avec l'énergie qui est la mienne, mes 340 collègues d'Angers, 340 travailleurs de Technicolor...
Je le fais au sein de l'intersyndicale du Groupe Technicolor que je coordonne et dont je suis le porte-parole. Cette intersyndicale est moteur de la défense des salariés du Groupe. Ce que nous avons accomplis jusqu'à présent, nous n'aurions pu le faire, sans l'union des cinq syndicats représentatifs au sein Technicolor en France: CFDT, CFE/CGC, CGT, SUD, UNSA.
Aujourd'hui, nous sommes tous unis pour défendre les collègues de notre dernière usine en France, dont chaque salarié de Technicolor devrait être fier.
Ces 340 ouvriers travaille dans une usine emblématique de l'histoire industrielle de la France, celle de Thomson devenu Technicolor :
1957 Ouverture de l'usine d'Angers, télévision en noir et blanc.
1967 Lancement de la télévision couleur.
2005 Thomson vend son activité téléviseurs au chinois TCL, mais conserve le site d'Angers qui continue à fabriquer des téléviseurs pour TCL.
2006 Arrêt définitif de production de téléviseurs à Angers, plan social de 250 personnes.
2007 Démarrage de la fabrication de caméras en petites séries pour d'autres filiales de Thomson.
2009 Démarrage de la fabrication de décodeurs.
Cette usine qui a compté jusqu'à 2700 salariés à l'heure de la conception des téléviseurs, a contribué aux plus belles heures du Groupe, a contribué à la croissance du marché numérique français et donc à l'Economie numérique, en réalisant les box et décodeurs des opérateurs Orange France Telecom et Bouygues Telecom notamment.
Aujourd'hui, il est de la responsabilité sociale de ces opérateurs, et de Technicolor, de ne pas abandonner ces 340 salariés et de s'investir dans la reconversion industrielle de cette usine, même si je reste convaincu que le maintien d'une production de décodeurs et box en France reste possible et est souhaitable.
Je ne lâcherai rien. Nous ne lâcherons rien. Tous ensemble.